Que sait-on aujourd’hui de l’arthrose et de son traitement ?
L’arthrose est une maladie articulaire chronique qui peut limiter progressivement les mouvements et les activités quotidiennes. Pour l’arthrose, le traitement vise surtout à soulager la douleur, préserver la fonction et maintenir l’activité. Mais peut-on freiner son évolution ? Quels médicaments sont réellement utiles ? Quand une infiltration ou une prothèse deviennent-elles pertinentes ? Les réponses varient selon l’articulation atteinte, l’intensité des symptômes et l’état de santé général. Les options actuelles, leurs limites et les pistes de recherche éclairent les choix thérapeutiques proposés aujourd’hui.
Arthrose et traitement : quelles solutions existent aujourd’hui ?
La prise en charge repose d’abord sur des mesures qui améliorent la fonction au quotidien. Les médicaments viennent en complément lorsque la douleur gêne l’activité. La stratégie doit être adaptée à chaque personne et réévaluée selon son efficacité et sa tolérance.
Arthrose et traitement médicamenteux
Les médicaments utilisés dans l’arthrose ne restaurent pas le cartilage. Leur rôle est surtout de réduire la douleur pour préserver les mouvements et les activités quotidiennes.
Lorsque leur emploi est adapté au patient, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) occupent une place centrale. Pour l’arthrose du genou, un AINS local, généralement sous forme de gel, peut être proposé en première intention. Un AINS oral peut prendre le relais si le soulagement reste insuffisant. [1]
À retenir
Un AINS oral doit être utilisé à la plus faible dose efficace et pour la durée la plus courte possible. Les risques digestifs, rénaux et cardiovasculaires doivent être pris en compte. [1]
Le paracétamol peut être proposé en première intention, mais son usage systématique fait débat, faute de bénéfice solidement établi. Les opioïdes forts sont, quant à eux, déconseillés en raison de leurs effets indésirables et d’un rapport bénéfice-risque défavorable. [1-2]
Les infiltrations intra-articulaires de corticoïdes peuvent être envisagées si les autres médicaments sont inefficaces ou inadaptés, ou pour faciliter l’exercice. Leur effet peut durer environ 2 à 10 semaines.
La place des injections d’acide hyaluronique reste controversée. Leur bénéfice moyen sur la douleur et la fonction étant jugé faible ou incertain, elles ne sont pas recommandées en routine. Elles peuvent néanmoins être proposées au cas par cas, mais ne sont pas remboursées en France. [1-2]
Arthrose et traitement non médicamenteux
L’exercice thérapeutique fait partie des mesures de référence, dans l’arthrose. La douleur et la diminution de l’activité peuvent affaiblir les muscles qui entourent l’articulation, ce qui accentue les difficultés de mouvement.
Le programme associe généralement renforcement musculaire, travail de la mobilité et activité aérobie adaptée. Une gêne peut apparaître au début, sans signifier que l’activité abîme davantage l’articulation. La régularité des séances joue un rôle essentiel dans l’amélioration de la fonction. [1]
Le saviez-vous ?
En cas de surpoids ou d’obésité, une perte de poids peut réduire les douleurs et faciliter les déplacements, notamment dans l’arthrose du genou. Une diminution d’environ 5 % du poids corporel peut déjà améliorer les symptômes. [1]
Selon les besoins, d’autres mesures peuvent compléter cette prise en charge :
- une canne, pour diminuer les contraintes sur l’articulation lors des déplacements ;
- la kinésithérapie, pour apprendre les exercices adaptés et les faire progresser sans excès ;
- certaines orthèses, lorsqu’un trouble mécanique précis ou une instabilité le justifie.
Quand la chirurgie devient-elle une option ?
La pose d’une prothèse articulaire peut être proposée lorsque la douleur et la limitation fonctionnelle persistent malgré une prise en charge non chirurgicale bien conduite. La décision tient compte de l’intensité des symptômes, de la raideur, de la perte de mobilité et de leur impact sur les activités quotidiennes et la qualité de vie. L’âge, à lui seul, ne suffit pas à poser ou à écarter l’indication chirurgicale. [1]
Pourquoi les traitements actuels ne suffisent-ils pas toujours ?
L’arthrose est une maladie chronique hétérogène. Deux personnes présentant des images radiologiques proches peuvent ressentir des douleurs très différentes. Cette variabilité explique pourquoi une même stratégie ne convient pas à tous.
Des traitements surtout centrés sur les symptômes
Les traitements disponibles agissent surtout sur la douleur et la fonction, sans corriger les mécanismes à l’origine de l’arthrose. Aucun médicament utilisé aujourd’hui en routine ne permet de reconstruire un cartilage altéré ni de stopper l’évolution de la maladie. Ces limites expliquent l’intérêt croissant pour les mécanismes biologiques impliqués dans sa progression.
Une maladie qui touche plusieurs tissus de l’articulation
L’arthrose ne se résume pas à l’usure du cartilage. Elle touche plusieurs structures de l’articulation et s’accompagne de modifications biologiques et mécaniques. Le cartilage s’altère progressivement, la membrane synoviale (qui tapisse l’intérieur de l’articulation) peut s’enflammer et l’os sous-chondral (situé juste sous le cartilage) se transforme. Les muscles périarticulaires (qui entourent l’articulation) jouent aussi un rôle dans la stabilité, la mobilité et la fonction.
Les travaux actuels visent notamment à comprendre pourquoi certaines arthroses évoluent plus vite que d’autres, pourquoi l’intensité de la douleur varie autant d’une personne à l’autre et quels profils pourraient bénéficier de traitements plus ciblés.
Quelles pistes la recherche explore-t-elle contre l’arthrose ?
Face aux limites des traitements actuels, les travaux se concentrent sur des approches capables de cibler les mécanismes biologiques de l’arthrose.
Des traitements capables d’agir sur l’évolution de la maladie
La recherche s’intéresse notamment aux DMOAD (Disease-Modifying Osteoarthritis Drugs), des traitements destinés à ralentir ou modifier l’évolution de l’arthrose, et pas seulement à soulager ses symptômes. Les pistes étudiées ciblent notamment le cartilage, l’os sous-chondral, l’inflammation ou certaines voies moléculaires impliquées dans la maladie. Cependant, aucun DMOAD n’est encore approuvé pour l’usage clinique. [3]
Certaines molécules, comme la sprifermine ou le LNA043, ont été évaluées pour leur capacité à agir sur le cartilage. D’autres travaux portent sur la thérapie cellulaire (utilisation de cellules à visée thérapeutique), les biomatériaux (matériaux conçus pour interagir avec les tissus) ou le repositionnement de médicaments déjà employés dans d’autres maladies. Ces approches restent expérimentales et doivent encore confirmer leur efficacité clinique et leur sécurité.
Biomarqueurs et mécanismes du vieillissement musculo-squelettique
Les biomarqueurs (indicateurs biologiques mesurables) pourraient aider à mieux distinguer les différentes formes d’arthrose. Certaines protéines présentes dans le sang peuvent notamment refléter des mécanismes impliqués dans la maladie. Leur étude pourrait permettre d’identifier plus tôt les personnes à risque d’aggravation et de mieux cibler les traitements à évaluer. [4]
Cette approche ouvre aussi la voie à une meilleure compréhension des mécanismes communs ou distincts entre plusieurs maladies liées au vieillissement musculo-squelettique.
Pourquoi étudier ensemble arthrose, ostéoporose et sarcopénie ?
Étudier ces trois maladies ensemble peut apporter une lecture plus globale du vieillissement musculo-squelettique, sans présumer qu’elles partagent les mêmes mécanismes.
Des maladies qui peuvent participer à la perte d’autonomie
L’arthrose touche les articulations, l’ostéoporose fragilise le squelette et la sarcopénie altère la masse, la force et la fonction musculaires. Leurs liens restent complexes et varient selon les populations étudiées.
Les données disponibles ne montrent pas que l’ostéoporose soit systématiquement plus fréquente chez les personnes atteintes d’arthrose. [5] En revanche, plusieurs travaux rapportent une association entre arthrose du genou et sarcopénie, sans établir de lien de causalité. [6]
Mieux comprendre ces interactions pourrait aider à identifier des mécanismes communs de perte de mobilité et d’autonomie. Les recherches portent notamment sur l’inflammation, le métabolisme osseux et musculaire et certaines protéines circulantes susceptibles de refléter ces mécanismes.
PROMeSS : un projet pour mieux comprendre les liens entre ces maladies
Le projet PROMeSSE vise à mieux comprendre les liens entre arthrose, ostéoporose et sarcopénie. Il prévoit de s’appuyer sur les données de la cohorte QUALYOR, qui a réuni 1 575 femmes ménopausées [7], dont environ 600 seraient encore suivies.
L’équipe souhaite réaliser une analyse protéomique (étude à grande échelle des protéines) portant sur plus de 1 000 protéines. L’objectif est d’identifier d’éventuels profils biologiques communs ou propres à chacune de ces maladies.
Les traitements actuels peuvent soulager les symptômes et préserver la mobilité, sans permettre de guérir l’arthrose. Les travaux en cours visent désormais à mieux comprendre les différents mécanismes de la maladie afin d’orienter, à terme, des prises en charge plus ciblées.
Cet article reflète les connaissances disponibles à sa date de rédaction. Compte tenu de l’évolution constante des connaissances scientifiques, certains éléments abordés pourraient ne plus être entièrement actuels ou complets au moment de votre consultation.
Sources :
[1] National Institute for Health and Care Excellence (NICE) — Recommendations — Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management.
[2] Assurance Maladie — Traitement de l’arthrose du genou.
[3] Brandt M. D., Malone J. B., Kean T. J. — Advances and Challenges in the Pursuit of Disease-Modifying Osteoarthritis Drugs: A Review of 2010–2024 Clinical Trials, Biomedicines (2025).
[4] Zhou K. et al. — A « best-in-class » systemic biomarker predictor of clinically relevant knee osteoarthritis structural and pain progression, Science Advances (2023).
[5] Kim D., Pirshahid A. A., Li Y., Varghese T., Pope J. E. — Prevalence of osteoporosis in osteoarthritis: a systematic review and meta-analysis, Osteoporosis International (2022).
[6] Pegreffi F., Balestra A., De Lucia O., Smith L., Barbagallo M., Veronese N. — Prevalence of Sarcopenia in Knee Osteoarthritis: A Systematic Review and Meta-Analysis, Journal of Clinical Medicine (2023).
[7] Auroux M. et al. — Femoral neck shape and trabecular bone microarchitecture association with hip osteoarthritis – Results from the QUALYOR study, Joint Bone Spine (2025).
Elsa Caplet
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