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Accueil » Notre-action » Recherche-et-innovation » Informations-sur-les-maladies-et-la-recherche-medicale » Un nouveau traitement du cancer de la prostate plus ciblé et moins invasif
Avec près de 60 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, il est le premier cancer masculin en France. Aujourd’hui, un nouveau traitement du cancer de la prostate, la radiothérapie interne vectorisée (RIV), bouleverse les perspectives thérapeutiques pour ses formes les plus avancées. Comment fonctionne-t-il ? Que disent les données cliniques sur son efficacité et sa tolérance ? Et si la prochaine étape était de ne plus attendre l’impasse pour y avoir accès ? On fait le point.
Cibler les cellules cancéreuses, où qu’elles se cachent, sans abîmer les tissus sains : c’est la promesse de la RIV.
La majorité des cancers de la prostate sont diagnostiqués à un stade localisé, de bon pronostic. Mais une fraction des patients voient leur maladie évoluer vers une forme métastatique résistante à la castration (mCRPC). La tumeur continue alors de progresser malgré la suppression hormonale, première ligne historique du traitement.
À mesure que la chimiothérapie et l’hormonothérapie perdent leur efficacité, les options thérapeutiques se réduisent. À ce stade, les métastases osseuses sont fréquentes et génèrent des douleurs importantes, altérant considérablement la qualité de vie.
C’est précisément dans ce contexte d’échec thérapeutique que la RIV a d’abord démontré son utilité, en offrant une alternative là où il n’en existait plus.
La RIV appartient au champ de la médecine nucléaire théranostique (contraction de « thérapie » et « diagnostic »). Son principe est d’administrer un médicament radiopharmaceutique, composé d’une molécule vectrice conçue pour se fixer spécifiquement sur les cellules cancéreuses, couplée à un isotope radioactif.
Dans un premier temps, cet isotope émet des rayonnements détectables par imagerie TEP (tomographie par émission de positons), permettant aux cliniciens de cartographier précisément les localisations tumorales.
Ensuite, un isotope thérapeutique couplé au même vecteur irradie et détruit ces cellules ciblées. La même molécule, donc, sert tour à tour de révélateur et de munition guidée.
| 💡Le saviez-vous ? Le Lutetium-177 PSMA n’est pas réservé au seul cancer de la prostate. La RIV est également utilisée dans le traitement des tumeurs neuroendocrines gastro-entéro-pancréatiques et fait l’objet de recherches dans d’autres types de cancers. Une même technologie, des vecteurs différents selon la cible moléculaire. |
Dans le cas du cancer de la prostate, le médicament radiopharmaceutique cible une protéine surexprimée à la surface des cellules tumorales : l’antigène membranaire spécifique de la prostate, ou PSMA (Prostate-Specific Membrane Antigen).
La molécule vectrice se fixe sur ce récepteur avec une précision moléculaire, transportant l’isotope radioactif (le lutetium -177) au contact direct de la tumeur. Grâce à ce mécanisme, les tissus sains environnants sont largement épargnés, contrairement à une irradiation externe classique.
La RIV permet ainsi de traiter des métastases multiples, parfois de petite taille et disséminées dans l’organisme, que d’autres approches ne pourraient atteindre avec la même précision.
La Haute Autorité de Santé a reconnu un bénéfice clinique substantiel au Pluvicto (Lutetium-177-PSMA), avec une amélioration de la survie sans progression radiographique de 5,3 mois et de la survie globale de 4 mois par rapport aux soins standards.
Mais au-delà de la survie, la RIV modifie surtout le vécu de la maladie. D’après un essai clinique publié en 2023, le temps avant dégradation du score de qualité de vie globale (bien-être physique, émotionnel et social) est significativement retardé pour les personnes traitées par RIV.
Les patients atteints d’un cancer de la prostate avancé notent fréquemment une réduction des douleurs osseuses liées aux métastases (l’une des complications les plus invalidantes) et une diminution du recours aux antalgiques.
Le schéma d’administration (six cures espacées de six semaines) permet par ailleurs de limiter les venues à l’hôpital, avantage non négligeable pour les patients fragiles ou âgés.
Comparée à la chimiothérapie ou aux thérapies ciblées conventionnelles, la RIV génère globalement moins d’effets indésirables sévères.
Des effets hématologiques ont été observés, notamment une anémie ou une diminution des lymphocytes, justifiant un suivi biologique régulier. Mais dans l’ensemble, les patients maintiennent leurs activités quotidiennes en cours de traitement. Une différence substantielle, par rapport aux protocoles de rattrapage habituels !
À ce stade, la RIV ne bénéficie qu’à une fraction des patients éligibles. La recherche vise à changer cela.
Pour savoir qui répondra à la RIV, les chercheurs ont besoin de données biologiques massives et structurées. C’est l’objet d’un projet mené au sein du centre théranostique des HCL : constituer une biobanque réunissant prélèvements sanguins, biopsies, imageries TEP et analyses anatomo-pathologiques numérisées de chaque patient traité par RIV.
Croisées avec les données cliniques sur la réponse au traitement et la tolérance, ces informations formeront la base d’apprentissage des algorithmes prédictifs. Cet apport, présenté comme un prérequis à toute modélisation prédictive fiable, est au cœur de la stratégie scientifique du projet.
Aujourd’hui, la RIV n’intervient qu’après l’épuisement de plusieurs lignes de traitement. L’ambition de la recherche est de renverser cette logique, pour identifier suffisamment tôt les patients susceptibles d’y répondre et intégrer la RIV bien avant l’impasse thérapeutique.
En analysant les profils biologiques, d’imagerie et cliniques accumulés dans la biobanque, les algorithmes pourraient prédire avec précision la probabilité de réponse individuelle et orienter les décisions médicales en amont.
Un nouveau traitement du cancer de la prostate, proposé au bon patient, au bon moment : c’est l’horizon que la recherche cherche aujourd’hui à atteindre.
| 💡À retenir : Le lutétium -177 PSMA-617 a été évalué chez des patients n’ayant pas encore reçu de chimiothérapie. La RIV a presque doublé le temps avant progression de la maladie : 11,6 mois en moyenne, contre 5,6 mois avec un simple changement d’hormonothérapie. Un signal fort en faveur d’un accès plus précoce à la RIV. |
La radiothérapie interne vectorisée incarne une transformation profonde de la cancérologie, où diagnostic et traitement fusionnent, et où l’intelligence artificielle pourrait démultiplier l’accès à des thérapies jusqu’ici réservées aux stades les plus avancés. Les travaux conduits au sein des HCL s’inscrivent dans cette trajectoire. Ce qui se construit aujourd’hui dans les laboratoires de Lyon pourrait, demain, redéfinir les standards de soin pour des milliers de patients.
⏩Découvrez comment la recherche des HCL vise à rendre la RIV accessible plus tôt et pour davantage de types de cancers.
Cet article reflète les connaissances disponibles à sa date de rédaction. Compte tenu de l’évolution constante des connaissances scientifiques, certains éléments abordés pourraient ne plus être entièrement actuels ou complets au moment de votre consultation.
Sources :
• Le cancer de la prostate – INCA
• Quak, E., Frenkiel, J., Roux, B., Vadel, J., Tricotel, A., Collet, D.,… & Maillet, D. (2025). Accès à la radiothérapie interne vectorisée (RIV) dans le cancer de la prostate résistant à la castration métastatique (CPRCm) : une étude PMSI en vie réelle. Médecine Nucléaire, 49(2), 103.
• Morris, M. J., Castellano, D., Herrmann, K., de Bono, J. S., Shore, N. D., Chi, K. N.,… & Fizazi, K. (2024). 177Lu-PSMA-617 versus a change of androgen receptor pathway inhibitor therapy for taxane-naive patients with progressive metastatic castration-resistant prostate cancer (PSMAfore): a phase 3, randomised, controlled trial. The Lancet, 404(10459), 1227-1239.
• Haute Autorité de Santé. (2023). PLUVICTO (lutetium (177Lu) vipivotide tetraxetan) – Prostate cancer.
• Fizazi, K., Herrmann, K., Krause, B. J., Rahbar, K., Chi, K. N., Morris, M. J., … & de Bono, J. (2023). Health-related quality of life and pain outcomes with [177Lu] Lu-PSMA-617 plus standard of care versus standard of care in patients with metastatic castration-resistant prostate cancer (VISION): a multicentre, open-label, randomised, phase 3 trial. The Lancet Oncology, 24(6), 597-610.
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