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Accueil » Notre-action » Recherche-et-innovation » Informations-sur-les-maladies-et-la-recherche-medicale » En quoi la radiothérapie interne vectorisée (RIV) peut–elle améliorer le traitement du cancer ?
Chaque année, des millions de patients atteints de cancer font face à l’impasse des traitements conventionnels. C’est précisément dans ce contexte que se développe la radiothérapie interne vectorisée, une approche innovante de médecine nucléaire qui transforme le traitement du cancer. Comment fonctionne-t-elle ? Quels en sont les bénéfices, les limites actuelles et les perspectives pour demain ? Voici ce que l’on sait.
Aux Hospices Civils de Lyon (HCL), la RIV représente déjà environ 600 cures par an, avec une activité attendue en forte hausse, d’ici 2028.
La radiothérapie interne vectorisée repose sur l’administration d’un médicament radiopharmaceutique composé de deux éléments :
→ un isotope radioactif ;
→ une molécule vectrice.
Cette dernière est conçue pour reconnaître et se fixer exclusivement sur les cellules cancéreuses ciblées.
Administrée par voie orale ou intraveineuse, elle circule dans le sang jusqu’à atteindre les tumeurs, y compris celles difficilement détectables par imagerie conventionnelle. Le traitement s’applique ainsi à l’ensemble des localisations tumorales, même dispersées.
Contrairement à la radiothérapie externe, qui concentre les rayons sur une zone anatomique précise, la RIV agit à l’échelle de l’organisme entier.
Une fois le médicament radiopharmaceutique injecté, il atteint toutes les cellules cancéreuses, y compris les métastases dispersées et de petite taille, invisibles à l’imagerie standard.
C’est cette capacité à traiter simultanément des cibles multiples et distantes qui en fait un outil particulièrement adapté aux cancers métastatiques.
Les données cliniques disponibles montrent que la RIV améliore significativement la survie des patients.
Dans le cas du cancer de la prostate métastatique avancé, des patients en situation d’impasse thérapeutique notent une réduction de leurs douleurs osseuses liées aux métastases, ainsi qu’une diminution de leur consommation d’antalgiques.
Plus globalement, les équipes médicales des HCL observent une amélioration de la qualité de vie en cours de traitement pour de nombreux patients.
| 💡 En bref : Les données disponibles montrent qu’avec le radiopharmaceutique Lutathera, les patients peuvent vivre plus de deux ans sans aggravation de la maladie, contre moins d’un an avec le traitement de référence. Le risque de progression ou de décès est quant à lui réduit d’environ 80 %. |
La RIV incarne la médecine personnalisée grâce à son approche théranostique, terme issu de la contraction de « thérapie » et « diagnostic ».
Avant d’administrer le traitement, le vecteur moléculaire est d’abord couplé à un isotope d’imagerie, permettant un examen TEP (tomographie par émission de positons) pour vérifier que le médicament se fixe bien sur les cellules cancéreuses et cartographier précisément les lésions avant de traiter.
En se fixant sélectivement sur les cellules tumorales, l’isotope radioactif délivre son rayonnement directement au contact des cellules malades.
Les tissus sains avoisinants sont ainsi largement préservés, ce qui représente un avantage notable par rapport à la radiothérapie externe.
Pour le patient, cela se traduit concrètement par une meilleure tolérance au traitement, une réduction des effets secondaires les plus invalidants et une qualité de vie mieux préservée.
Malgré son essor, la RIV n’est aujourd’hui proposée que dans un nombre limité d’indications validées, ou en essai clinique.
Pour bénéficier de la radiothérapie interne vectorisée, les patients doivent remplir des critères d’éligibilité stricts.
Leur tumeur doit notamment exprimer un récepteur moléculaire spécifique, systématiquement vérifié par imagerie TEP avant toute cure. Or, cette condition n’est pas remplie dans tous les types de cancers ni chez tous les profils de patients.
La RIV reste aujourd’hui réservée aux :
→ cancers de la thyroïde ;
→ tumeurs neuroendocrines ;
→ cancers avancés de la prostate.
La mise en œuvre de la RIV requiert une organisation hospitalière très spécifique. Les médicaments radiopharmaceutiques nécessitent :
→ une préparation en radiopharmacie spécialisée ;
→ des chambres blindées en médecine nucléaire ;
→ des protocoles stricts de radioprotection.
Peu de centres en France disposent des autorisations nécessaires. Le Centre théranostique des HCL, premier centre régional avec 11 chambres de thérapie autorisées, représente ainsi un établissement de référence à l’échelle nationale.
💡Bon à savoir :
Pour les tumeurs neuroendocrines traitées par Lutathera, le schéma habituel est de 4 perfusions espacées de 8 semaines. Pour le cancer de la prostate traité par Pluvicto, on parle de 6 administrations maximum, toutes les 6 semaines.
Bien que globalement mieux tolérée que la chimiothérapie, la RIV présente également des effets indésirables.
Selon le médicament radiopharmaceutique utilisé, les patients peuvent éprouver :
→ fatigue ;
→ troubles digestifs ;
→ sécheresse buccale ;
→ légère chute de cheveux ;
→ cytopénie (diminution des cellules sanguines) ;
→ atteinte rénale.
C’est pourquoi un suivi médical rigoureux est assuré par le médecin nucléaire et l’oncologue référent tout au long du parcours de soins.
Les chercheurs multiplient aujourd’hui les essais cliniques pour étendre le champ d’application de la RIV à de nouvelles cibles oncologiques.
Le radioligand désigne les molécules vectrices (peptides, anticorps ou petites molécules) couplées à un isotope radioactif, conçues pour cibler des récepteurs spécifiques exprimés par les cellules tumorales. Leur développement représente le cœur de la recherche en RIV.
Aux HCL, la plateforme préclinique IMTHERNAT évalue de nouveaux candidats médicaments et un appareil d’autoradiographie (véritable microscope dédié à la radioactivité) pourrait être acquis grâce aux donateurs, dans le cadre du projet RIVERA.
La RIV voit ses indications s’élargir progressivement. Les HCL pilotent actuellement 15 essais cliniques thérapeutiques RIV ouverts, portant notamment sur :
→ le méningiome ;
→ le glioblastome (tumeur cérébrale agressive) ;
→ le cancer du poumon ;
→ le cancer du sein ;
→ le cancer du foie.
Ces pathologies, globalement plus fréquentes que celles traitées jusqu’à présent, représentent des cibles prioritaires pour les chercheurs qui développent de nouveaux radioligands adaptés.
| 💡 Le saviez-vous ? Les tumeurs neuroendocrines gastro-entéro-pancréatiques, ciblées par le radiopharmaceutique Lutathera, sont considérées comme rares par l’Agence européenne du médicament. Au point que ce médicament a reçu le statut de « médicament orphelin ». |
Aujourd’hui encore proposée majoritairement en dernière ligne de traitement, lorsque les autres thérapies ont échoué, la RIV a vocation à être introduite plus tôt dans le parcours oncologique. Administrée à un stade moins avancé, elle offrirait un gain de chance supplémentaire.
L’intelligence artificielle est également envisagée pour prédire, sur la base de données biologiques collectées, si un patient sera un bon candidat au traitement.
La radiothérapie interne vectorisée marque une véritable révolution dans le traitement du cancer. Si ses indications restent encore limitées, les recherches en cours laissent entrevoir une médecine oncologique toujours plus ciblée, personnalisée et respectueuse de la qualité de vie des patients.
Cet article reflète les connaissances disponibles à sa date de rédaction. Compte tenu de l’évolution constante des connaissances scientifiques, certains éléments abordés pourraient ne plus être entièrement actuels ou complets au moment de votre consultation.
Sources :
• Fizazi, K., Herrmann, K., Krause, B. J., Rahbar, K., Chi, K. N., Morris, M. J., … & de Bono, J. (2023). Health-related quality of life and pain outcomes with [177Lu] Lu-PSMA-617 plus standard of care versus standard of care in patients with metastatic castration-resistant prostate cancer (VISION): a multicentre, open-label, randomised, phase 3 trial. The Lancet. Oncology, 24(6), 597–610.
• Kratochwil, C., Fendler, W. P., Eiber, M., Hofman, M. S., Emmett, L., Calais, J., … & Hermann, K. (2023). Joint EANM/SNMMI procedure guideline for the use of 177Lu-labeled PSMA-targeted radioligand-therapy (177Lu-PSMA-RLT). European journal of nuclear medicine and molecular imaging, 50(9), 2830-2845.
• Lutathera – European Medicines Agency (EMA)
• Les HCL inaugurent le centre théranostique RIV, dédié à la radiothérapie interne vectorisée – Hospices Civils de Lyon
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