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Le 26 février 2024
  • Projet "Recherche & innovation"

Cancer et dénutrition : le microbiote comme nouvelle voie vers une alimentation personnalisée

Cancer et dénutrition : le microbiote comme nouvelle voie vers une alimentation personnalisée

 

Si l’alimentation est généralement un sujet de préoccupation pour les malades dans le processus de lutte contre la maladie et de récupération en général, elle revêt une importance capitale pour les patients qui luttent contre un cancer. En effet, entre 10 et 20 % d’entre eux décèdent chaque année, non pas du cancer lui-même mais des conséquences de la dénutrition, qui augmente le risque de toxicité des traitements anti-cancéreux (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie), ainsi que le risque d’infection.

L’état nutritionnel joue un rôle majeur dans la capacité des patients à supporter les traitements anti-cancéreux et en tirer bénéfice ; il a des conséquences sur l’état de santé global et la qualité de vie, et un impact direct sur la survie.

Pour améliorer cet état nutritionnel, les médecins disposent de différents compléments alimentaires « standards », trop souvent mal acceptés par les malades qui leur reprochent leur goût et leur texture. Ces compléments ne sont en effet pas toujours adaptés aux modifications de la perception des goûts et des odeurs qui surviennent chez les patients avec un cancer, du fait de la maladie ou des traitements. Faute d’outils plus satisfaisants, les malades ne recevant pas suffisamment de nutriments à travers les repas habituels doivent alors recevoir une alimentation artificielle par sonde nasogastrique ou intraveineuse, des solutions invasives, contraignantes, et qui présentent elles-mêmes leurs propres risques.

Parmi les déterminants de l’état nutritionnel, le microbiote intestinal (l’ensemble des micro-organismes qui vivent au sein du tube digestif) joue un rôle majeur. Il influence nos goûts et notre perception des aliments, la satiété et l’appétit, mais aussi la capacité de notre corps à absorber les nutriments, c’est-à-dire à retirer les bénéfices des aliments que l’on consomme.

Chez les patients atteints de cancers (notamment digestifs) ce microbiote est, de fait, déséquilibré avec une diminution de la diversité microbienne, associée à une augmentation de certains micro-organismes pathogènes et à une perte des bactéries favorables pour la santé.

Pourtant, jusqu’à présent, le microbiote n’est pas pris en compte dans la prise en charge nutritionnelle des patients.

Comme l’explique le Dr. Nicolas Benech, co-fondateur du Groupe d’étude du Microbiote des HCL et gastroentérologue au sein du service d’hépato-gastroentérologie de l’Hôpital de la Croix-Rousse-HCL, il manque donc une pièce au puzzle…

« Aujourd’hui, nous n’avons pas de solution pour les patients qui ont la capacité de s’alimenter par la bouche, mais qui n’y parviennent pas en raison de modifications sensorielles (perceptions du goût, de l’odorat) liées aux traitements contre le cancer notamment. Il nous manque des aliments optimisés par rapport à leur impact sur le microbiote intestinal et adaptés au goût et à l’appétence de chaque patient, et qui leur permettraient de se réapproprier la prise alimentaire orale, afin de préserver ces moments extrêmement importants de la vie que sont les repas en termes de lien social et de partage. On ne peut plus juste proposer des aliments standards, mais on doit aller vers le développement d’une alimentation  »sur mesure » adaptée à la physiologie et aux goûts du patient. »

Considérant que le développement d’approches nutritionnelles personnalisées en cancérologie est un enjeu majeur pour améliorer la qualité de vie, la tolérance des traitements et la survie des patients, le Dr. Benech et son équipe souhaitent déployer le projet Onco-Nutribiota…

Des aliments personnalisés pour lutter contre la dénutrition

Le projet Onco-Nutribiota a pour objectif de développer une nouvelle génération d’aliments personnalisés pour les patients qui luttent contre un cancer, en s’appuyant sur 2 piliers :

la prise en compte des modifications « sensorielles » des goûts et des odeurs liées à la maladie ou aux traitements,

– et l’étude du microbiote intestinal des malades.

Plan d’action

Ce projet de recherche sera mené auprès des patients suivis en oncologie digestive et sous traitement par chimiothérapie. Il sera réalisé en 3 temps :

1er temps :  Les médecins-chercheurs et leurs équipes évalueront les paramètres sensoriels des patients en les soumettant à des tests d’odorat, des tests culinaires, etc. pour construire des cartes d’identité d’aliments personnalisés.

En parallèle, ils réaliseront une étude systématique du microbiote des patients, pour identifier des marqueurs (métaboliques et microbiologiques) corrélés à l’état nutritionnel et au bien-être nutritionnel. A l’issue de ces évaluations, des conseils alimentaires et culinaires pourront déjà être proposés aux patients ayant participé à cette phase du projet.

2ème temps : Des aliments et compléments nutritionnels spécifiques seront développés. Ils seront adaptés, par leur composition, leur goût et leur texture, aux différents profils sensoriels et de microbiote identifiés dans la première partie du projet, et optimisés pour améliorer leurs propriétés nutritionnelles et le plaisir apporté par leur consommation. Ces aliments seront développés en collaboration avec l’Institut Lyfe (anciennement Institut Paul Bocuse).

3ème temps : Une étude clinique d’évaluation de ces nouveaux aliments sera ensuite menée en condition réelle, en lien avec le Centre de Recherche en Nutrition Humaine Rhône-Alpes.

 

Perspectives

S’il s’adresse dans un premier temps aux patients qui luttent contre un cancer, le projet Onco-Nutribiota présente un potentiel d’application beaucoup plus vaste. Les produits alimentaires développés pourront être proposés à terme à l’ensemble des patients touchés par la dénutrition, qui concerne environ 1 patient sur 2 à l’hôpital (ex. patients souffrant de pathologies digestives ou qui viennent d’être opérés, patients âgés…)

 

 



Porteur(s) du projet

Dr. Nicolas Benech, co-fondateur du Groupe d'étude du Microbiote des HCL et gastroentérologue au sein du service d'Hépato-gastroentérologie de l’Hôpital de la Croix-Rousse-HCL

Témoignage

Dr. Nicolas Benech

« Aujourd’hui, en matière de prise en charge du cancer, l’approche médicale est surtout centrée sur les traitements de la maladie cancéreuse. Pourtant quand on discute avec nos patients hospitalisés, on se rend compte qu’il y a un vrai souhait d’être acteur de leur prise en charge et que leur première inquiétude, c’est l’alimentation : comment se nourrir, qu’est-ce qu’il faut éviter, qu’est-ce qu’il faut manger pour améliorer son état nutritionnel ? On ne prend ainsi pas assez en compte « le bien-être nutritionnel » alors qu’il est déterminant pour la qualité de vie et la vie sociale des patients.

A travers notre projet, nous voulons répondre à un besoin qui n’est pas couvert aujourd’hui : pouvoir proposer à nos patients des aliments centrés sur leurs goûts et élaborés pour améliorer spécifiquement leur état nutritionnel.

Avec ces aliments qui emporteront l’adhésion des patients, nous espérons leur permettre de se réapproprier le moment du repas, la convivialité et le partage qui lui sont associés, et ainsi améliorer leur qualité de vie mais aussi leur état nutritionnel, et les facteurs qui lui sont liés comme la tolérance des traitements anti-cancéreux et la survie. »

 

Sylvain, 69 ans, patient

« J’ai un cancer de l’estomac et depuis que je suis sous chimiothérapie, je ne prends plus aucun plaisir à manger. J’étais très gourmand, maintenant le sucré me dégoûte. Chaque repas est une épreuve parce que quoi que je mange, je trouve que tout a le même goût métallique et pâteux. Comme j’ai perdu beaucoup de poids, l’oncologue a dû me prescrire une alimentation artificielle : tous les soirs, une infirmière vient chez moi pour me brancher une perfusion et elle repasse tous les matins pour la débrancher. Je ne reste plus à table avec ma femme et nos enfants… C’est un sujet sensible dans notre vie de tous les jours ; tout le monde me met la pression pour que je mange et que je reprenne des forces !

Si je pouvais avoir des jus, des yaourts, ou même des glaces, avec des goûts qui me plaisent, je ne serais plus aussi angoissé quand arrive l’heure du repas. Je pourrais retrouver du plaisir à table et reprendre des forces… »

Coût du projet

600 000 €



pour financer :

  • – L’étude des modifications des goûts et des odeurs (testing sensoriel, évaluations standardisées des consommations alimentaires et de qualité de vie…)
  • – L’étude du microbiote en lien avec les profils sensoriels et nutritionnels des patients (biobanking, séquençage nouvelle génération à haut débit, analyse des métabolites…)
  • – Le développement de nouveaux produits alimentaires (élaboration d’aliments innovants en lien avec l’Institut Lyfe – ex Institut Paul Bocuse, dans une approche culinaire personnalisée)
  • – L’essai clinique d’évaluation et de validation des nouveaux aliments produits, en lien avec le Centre de Recherche en Nutrition Humaine- CRNH Rhône Alpes.

 

Il n’y a pas de petit don ! L’objectif peut être atteint grâce à la force du collectif : ensemble, nous pouvons aider les médecins-chercheurs de votre hôpital à innover pour les malades du cancer.

CHAQUE EURO COMPTE…

 

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